Moyen âge et Renaissance :

 de la Chapelle.Plus ancien édifice religieux de Lille, son histoire remonte au début du XIe siècle. La tradition raconte qu’en l’année 1014, deux jeunes bergers découvrent une statue de la vierge derrière un buisson devant lequel s’arrêtaient toujours leurs brebis. Surpris de leur découverte, ils en font part à leurs entourages. Rapidement, des pèlerins originaires des environs se rendent jusqu’à ce buisson pour prier. Des miracles sont alors relatés. Cet épisode est parfaitement représenté dans la peinture présente ci dessous. Elle est l’œuvre de Jean Baptiste Bury, aux alentours de 1855. Elle est la première d’une série de peintures représentant l’Histoire

Le comte de Flandres, Baudouin IV (987-1035) souffrait depuis 17 ans d’un flux de sang, considéré en ce temps comme incurable, aurait guéri par miracle à la simple évocation de Notre Dame à Esquermes. Ainsi, le comte surnommé « Baudouin belle barbe » achète le terrain et fait construire une « modeste chapelle » au lieu même où fut découvert la statue. Un chapelain est alors chargé d’assurer le culte. Originellement appelée Notre Dame d’Esquermes, le vocable de Notre Dame de l’Annonciation s’impose rapidement, tel que voulu par le comte. Cela est sûrement motivé au fait que son épouse Ogive de Luxembourg (986-1030) enfante à un âge avancé pour ce temps, en 1012, de leur premier fils, futur Baudouin V. Cet épisode est aussi représenté par la peinture de Bury

Cependant, un autre vocable cohabite apparaît, Notre Dame de Réconciliation, à la fin du XIème siècle, par la voix populaire. Ce vocable est peu courant. Il est unique dans le diocèse de Lille. Le récit de Pierre Borgne et de Beauduin Langlée, deux bourgeois qui sont en conflits. Durant une lutte les opposants aperçoivent la chapelle. Ils renoncent alors à ce combat, et se réconcilient, à l’endroit même où se trouvait la statue de la Vierge. La peinture de Bury met en scène cette épisode important.

Au XIIIe siècle, la chapelle connaît des transformations majeures. Elle devient le bien de la Collégiale Saint Pierre de Lille. En décembre 1222, Guillaume du Plouich, alors prévôt du chapitre, établit une charte dans laquelle il déclare que : « dès lors ce sanctuaire était célèbre par sa haute antiquité ». Ce dernier impose alors que trois messes soient célébrées par semaine, que les vêpres soient chantées chaque jour de fête et le samedi. L’évêque de Tournai Gauthier confirme cette décision. Entre 1235 et 1244, la chapelle est reconstruite en pierre. Ce nouvel édifice est plus important que l’ancien. Les Jésuites relatent que Jean de Constantinople a ordonné cette reconstruction. Les fouilles archéologiques attestent que l’édification aurait bien eu lieu autour de 1240 ; toutefois, aucun document connu ne permet de confirmer cette information. Lille et la Flandre connaissent en ce temps un développement économique important. Cette période est marquée par une prospérité économique ainsi que par le succès du pèlerinage. Les locaux ont donc voulu construire un édifice plus grand et plus imposant.

Période moderne

En 1645, dans le contexte des temps troubles qu’a traversé la région durant la fin du règne de Philippe IV, les Jésuites décidèrent de placer la statue de Notre Dame de Réconciliation à l’abri dans l’autel Saint Victor dans la chapelle des Jésuites de Lille, actuelle église Sainte Étienne. Le 10 mai 1660, elle fut ramenée à Esquermes lors d’une grande procession. Le tableau du peintre Bury représente cet événement.

En 1662, Inegelbert des Bois (1578-1651) alors prévôt du chapitre cède le 14 février la chapelle au Jésuites, à la suite d’une démarche du père Jean Lobet alors recteur du collège des Jésuites de Lille. Les jésuites vont impulser le retour du pèlerinage.

A cette même période est érigée la confrérie de Notre Dame de Réconciliation en 1593. Elle fut approuvée par le pape Alexandre VII (1599-1667) le 26 novembre 1665. Le jour de l’assomption est alors fixé la fête patronale. Aucun de documents ne nous est parvenu sur le fonctionnement de la Confrérie.

Révolution :

Durant la Révolution, la chapelle va connaître trois événements majeurs. Le 12 décembre 1793 est effectué un premier inventaire du contenu et des lieux est réalisé par cinq citoyens et un marchand nommé par la commune d’Esquermes. Conformément à la loi révolutionnaire, les objets de cultes comme les vases sacrés, statues et ex voto furent estimés « richesses superflues ». Ils furent donc saisis et remis au Directoire du district de Lille. Seul le strict nécessaire du culte est laissé.

Le 18 octobre 1792, la chapelle est vendue à Roger Beauduin-Bigo pour la somme de 21 700 florins, et le remet à la disposition du curé de Saint Martin pour le culte.

Le 21 novembre 1793, un second inventaire est réalisé par un administrateur du directoire Henry Sifflet. Il fut assisté par l’huissier Nicolas Joseph Ropra, et de Roger Beauduin-Bigo. Une partie du mobilier est remis au directoire dès le lendemain. Parmi celui-ci, se trouvait la statue de Notre Dame de Réconciliation, mais également des tableaux, des chaises, des vêtements liturgiques, cloches, divers objets sacrés et autres statues.

Période contemporaine :

Un décret impérial, datant du 21 décembre 1808, autorise la mairie d’Esquermes à acquérir la chapelle à la veuve de Roger Beauduin-Bigo. La somme de cette acquisition est de 2500 francs. Un paroissien répondant au nom de Baudoux se charge de régler cette somme, peu de temps avant de devenir moine. Notre Dame de Réconciliation devient alors Succursale, c’est à dire qu’elle doit suppléer insuffisance d’une église paroissiale. Plus tard durant les années 1840-50, la chapelle est à deux reprise menacées. Une première fois en 1842, où la destruction de l’édifice est envisagée afin de construire une nouvelle église. En 1845, la commission historique du Nord s’oppose à cela. Une seconde fois en 1853 lorsque la commune décide de vendre la chapelle, l’abbé Vanlaton, alors curé de la paroisse, cherche à protéger la chapelle. Il est soutenu par archevêque de cambrai. Notre Dame de Réconciliation devient alors un établissement charitable, en l’occurrence un hospice pour vieillards. Le comte Vandrecruisse de Waziers, résidant alors à Esquermes effectue l’achat. Elle devient « la chapelle de dévotion ».

En 1864, le propriétaire envisage de confier la chapelle aux Clarisses de Brugge. Elle crée alors un monastère, où elles s’installent en février 1866. Elles furent expulsées de la chapelle en 1903 en conséquence de la loi du 2 Juillet 1901. La chapelle reste toutefois ouverte au culte. Le couvent est détruit en 1906.

Le 25 avril 1906, la chapelle est mise à prix pour 60 000 francs. Les familles d’Hespel et de Waziers héritiers de la dévotion des Vandrecruisse et mise gracieusement à la disposition de la paroisse. La chapelle est inscrite au monument historique de 1926. En 1933, les successeurs des deux familles font don de Notre Dame de Réconciliation à l’archidiocèse de Lille.

En 1984, est créée l’association des amis de la Chapelle de Notre Dame de Réconciliation. Cette association encadre les travaux de restauration de la chapelle et participe à relancer son culte. L’année 2014 marque le millénaire de la chapelle. La toiture et la façade sont entièrement restaurée. À la suite des travaux, elle est inaugurée le 21 septembre de cette même année, premier des journées du patrimoine, en présence de 300 personnes.